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Les impacts des problmatiques sexuelles

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Les impacts des problmatiques sexuelles
sur le rtablissement des personnes toxicomanes

La sexualit est une ralit humaine complexe qui rsulte de linterrelation des dimensions biologiques, psychologiques et relationnelles de lindividu. Au-del dun simple plaisir gnital, la sexualit peut rpondre des besoins dordre affectifs et identitaires et permettre lpanouissement de la personne dans un rapport soi et aux autres. Elle peut toutefois avoir une fonction dfensive et entraner des consquences ngatives pour la personne et son entourage. En tant que sexologue clinicienne jai choisi de mintresser aux liens existants entre la sexualit et la toxicomanie et plus spcifiquement aux impacts des problmatiques sexuelles sur le rtablissement des personnes en traitement. Depuis bientt quatre ans, je collabore avec les centres Portage et depuis six mois avec le Centre de traitement des dpendances le Rucher afin dy offrir des services spcialiss permettant dintgrer dans le traitement des personnes toxicomanes un travail thrapeutique sur leurs problmatiques sexuelles.

1- Consommer pour avoir de la sexualit
Il est socialement reconnu que prendre un verre diminue la gne et favorise les rapprochements. Les individus qui ont toujours compt sur la substance pour sduire et entrer en relation intime nont pas dvelopp leurs habilets sociales et peuvent, lors de leur rtablissement, choisir de sisoler plutt que de faire face leurs malaises. Leurs difficults peuvent aussi provenir dune peur de lintimit ou dune dpendance affective issue dun trouble de lattachement. En priode dabstinence, les relations amoureuses et sexuelles deviennent des situations risques levs de rechute tant et aussi longtemps que ces peurs demeurent inconscientes et quelles ne sont pas abordes dans le cadre dun travail thrapeutique.
Plusieurs consommateurs utilisent aussi la substance afin daccder un plaisir sexuel plus intense et augmenter leurs sensations ou la dure de leurs performances sexuelles. Suite larrt de la consommation, apprcier le plaisir sexuel sans stimulants artificiels reprsente tout un dfi pour plusieurs personnes qui se trouvent vivre leurs premires relations sexuelles jeun.

2- Consommer pour oublier la sexualit
Lorsque lon questionne lhistoire sexuelle des personnes toxicomanes on y retrouve plusieurs blessures affectives en lien avec la sexualit. La plus reconnue est certainement labus sexuel bien quil soit difficile davoir des statistiques officielles sur sa prvalence. Selon les intervenants des centres de traitement qui ctoient quotidiennement les ravages causs par ces traumatismes . jusqu 85% de leurs clientes dvoilaient avoir t victimes dagressions sexuelles diverses. Du ct des hommes le pourcentage slve parfois jusqu 70%. (Champagne, 1994) La toxicomanie peut ainsi tre une stratgie dadaptation utilis par les survivants(es) dabus sexuels pour fuir leurs malaises, vivre des relations sexuelles, comme auto-traitement pour des troubles de sant mentales consquentes labus (dpression, anxit ou syndrome de choc post-traumatique).

Une blessure dont on parle moins est la discrimination vcue par les personnes homosexuelles ou bi-sexuelles. Chez celles-ci, la consommation est plus leve que chez les personnes htrosexuelles (Julien, 2005). Une piste de comprhension est la fuite de la souffrance face lhomophobie vcue dans la socit, la famille, lcole, le milieu de travail, etc.

3- Consommer la sexualit
Au mme titre que la consommation de substances psychoactives, la sexualit peut aussi devenir une addiction, soit un dsordre dans lequel le comportement peut produire du plaisir et permettre une fuite de linconfort intrieur (Goodman, 1993). La personne compulsive sexuelle connat des checs rpts dans ses tentatives de contrler ses comportements sexuels et les maintient malgr la prsence de consquences ngatives. Parmi les toxicomanes, plusieurs personnes prsentent des obsessions sexuelles et des comportements sexuels compulsifs allant de la masturbation compulsive, la consommation de pornographie ou de services sexuels, en passant par les partenaires multiples ou la sduction constante, etc. Dans de plus rare cas les comportements sexuels compulsifs sont paraphiliques, par exemple : la pdophilie, le ftichisme, lexibitionnisme, le voyeurisme, etc.

Nous savons aussi que suite larrt de la consommation il peut y avoir un transfert de dpendance. Il est facile de changer lobjet dassutude car la qute et le rsultat sont les mmes. Lobsession sexuelle relve du mme ordre que lobsession de la substance : elles procdent des mmes tapes et langoisse qui les motive demeure la mme. (Champagne, 1994). La compulsion sexuelle nest pas un trouble supplmentaire distinct mais bien un symptme qui doit tre abord avec les individus au cours du traitement pour les aider travailler sur les dclencheurs de leurs comportements compulsifs quels quils soient.

Plusieurs autres problmatiques sexuelles sont associes la toxicomanie : prostitution, violence dans les relations amoureuses, infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), VIH, grossesses non dsires, interruption volontaire de grossesse, dysfonctions sexuelles, etc. Chacune de ces ralits peut constituer un obstacle ltablissement de relations amoureuses et sexuelles saines.

Peut-on vraiment faire comme si a nexistait pas?
Malheureusement, les impacts des problmatiques sexuelles sur le rtablissement des personne toxicomanes sont encore peut connu. La majorit des intervenants(es) reconnaissent lampleur des besoins mais d des contraintes telles que le sous financement, le manque de ressources ou de formation, les services offerts se limitent gnralement la prvention des ITSS et du VIH. Certains centres offre aussi des services adapts aux victimes dabus sexuels.

La mise sur pied dateliers thrapeutiques centrs sur les dimensions psychologiques et relationnelles de la sexualit a donc pour but damener les participants(es) identifier en quoi les problmatiques sexuelles peuvent compromettre le maintien de leur sobrit. Sous forme de discussion et dchange partir dun dclencheur (texte, questionnaire, exercice, vido, etc.) latelier permet de transmettre de linformation mais surtout de favoriser le partage et lintrospection.

Les recherches et la littrature clinique dmontrent de plus en plus que labus sexuel et labus de substance doivent tre trait simultanment afin de maximiser le rtablissement. (Burke et al 1996 ; Gaylord, 2003). Dans cette perspective, les participants sont invits approfondir dans leur thrapie les prises de consciences faites lors des ateliers sur la sexualit. Ces ateliers constituent ainsi une contribution originale et complmentaire offrant un support aux intervenants en toxicomanie face leurs interventions lies aux problmatiques sexuelles.

Isabelle Proulx M.A.
Sexologue clinicienne
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Rfrences
Burke WM, Dhopesh V, Lainfester C. (1996) A brief survey of the current sexual practices of a population admitted for inpatient treatment of drug dependence, J Sex Marital Therapy, 22, (3), 203-8.
Champagne, D. (1994) Drogues, sexualit et problmes sociaux , dans Brisson (dir) : Lusage des drogues et la toxicomanie, volume II, Boucherville, Gaetan Morin.
Gaylord Y, Cory JR, (2003) female survivors with alcohol and drug dependence : Adult attachment styles Dissertation-Abstracts-International :-Section-B-The-Sciences-and-Engineering. 63(10-B) 4953.
Goodman A, (1993). Diagnosis and treatment of sexual addiction . Journal of Sex and Marital Therapy vol, 19, no 3, 225-251.
Julien D, Chartrand, E. (2005) Recension des tudes utilisant un chantillon probabiliste sur la sant des personnes gaies, lesbiennes et bisexuelles. Canadian Psychology/Psychologie canadienne, 46:4, 235-250.